Un couple accompagné d'un notaire et d'un agent immobilier observe un immeuble résidentiel de style suisse dans une rue de montagne.
Publié le 1 novembre 2026

Investir dans l’immobilier en Suisse ne relève pas des mêmes règles selon que l’acquéreur est citoyen suisse, ressortissant étranger domicilié dans le pays, frontalier ou résident à l’étranger. La possibilité d’acheter dépend notamment du domicile effectif, de la nationalité, du titre de séjour et de l’affectation du bien.

La loi fédérale sur l’acquisition d’immeubles par des personnes à l’étranger (LFAIE), également appelée Lex Koller, encadre certaines acquisitions. Elle distingue notamment la résidence principale, les logements de vacances, les immeubles destinés au placement locatif et les établissements commerciaux. Une autorisation cantonale peut être nécessaire, sans que son obtention soit automatique.

La réglementation sur les résidences secondaires, les restrictions foncières et les exigences de forme applicables aux contrats complètent ce cadre. Avant de réserver un logement, il faut donc établir son admissibilité juridique, vérifier le statut de la parcelle et identifier les conditions qui pourraient empêcher la vente.

L’essentiel pour investir dans l’immobilier suisse

  • Le domicile effectif, la nationalité et le statut de séjour déterminent l’application de la Lex Koller ; le permis ne suffit pas toujours à conclure.
  • Une acquisition soumise à autorisation doit être examinée par l’autorité cantonale compétente avant sa réalisation.
  • Le registre foncier, les restrictions d’affectation et les conditions du contrat doivent être vérifiés avant tout versement ou engagement.

Pourquoi la résidence de l’acquéreur modifie-t-elle les règles d’achat en Suisse ?

La résidence de l’acquéreur modifie les règles d’achat parce que la Lex Koller distingue les personnes considérées comme étrangères au sens de cette loi des acquéreurs qui n’y sont pas assujettis. Le domicile effectif, la nationalité et le statut de séjour doivent être examinés ensemble. Deux ressortissants d’un même pays peuvent ainsi disposer de droits d’acquisition différents.

La nationalité étrangère ne constitue donc pas, à elle seule, un obstacle à l’achat. Inversement, disposer d’une adresse en Suisse ou d’un permis de séjour ne garantit pas une liberté d’acquisition identique à celle d’un citoyen suisse.

Selon les questions et réponses de l’Office fédéral de la justice sur la Lex Koller, les principales situations se distinguent comme suit :

Statut de l’acquéreur et conséquences générales au regard de la LFAIE
Profil Situation juridique générale Point de vigilance
Citoyen suisse, domicilié en Suisse ou à l’étranger N’est pas considéré comme une personne à l’étranger au sens de la LFAIE Les autres restrictions immobilières restent applicables
Ressortissant UE/AELE légalement et effectivement domicilié en Suisse N’est en principe pas considéré comme une personne à l’étranger au sens de la LFAIE Le domicile réel doit pouvoir être établi
Ressortissant d’un État tiers titulaire d’un permis C et domicilié en Suisse N’est en principe pas assujetti en qualité de personne à l’étranger Vérifier la validité du statut et les circonstances particulières
Ressortissant d’un État tiers domicilié en Suisse sans permis C Reste généralement une personne à l’étranger au sens de la LFAIE Une exception existe notamment pour sa propre résidence principale, sous conditions
Ressortissant étranger domicilié à l’étranger Est en principe soumis au régime applicable aux personnes à l’étranger La nature du bien et les exceptions légales deviennent déterminantes

Le cas des permis B et L mérite une attention particulière. Un ressortissant UE/AELE titulaire d’un permis B, voire d’un permis L, peut ne pas être considéré comme une personne à l’étranger lorsqu’il possède un domicile légal et effectif en Suisse. Le permis L n’entraîne donc pas automatiquement un assujettissement. Pour les ressortissants d’États tiers sans permis C, le régime est différent, mais une résidence principale destinée à leur propre occupation peut bénéficier d’une exception.

Les frontaliers représentent un cas particulier. Certains ressortissants UE/AELE titulaires d’un permis G peuvent acquérir sans autorisation une résidence secondaire dans la région de leur lieu de travail, lorsqu’elle facilite leur activité professionnelle. Cette possibilité ne s’étend pas automatiquement aux logements de vacances ou aux investissements locatifs. Certaines situations concernant les ressortissants britanniques obéissent également à des règles spécifiques.

Une qualification erronée peut conduire à un refus d’inscription au registre foncier, à des démarches de régularisation ou à des conséquences civiles et administratives. Les sommes déjà versées peuvent également devenir litigieuses selon les engagements contractuels pris.

Cette première qualification permet ensuite de déterminer si l’acquisition envisagée bénéficie d’une exception ou nécessite une autorisation.

Comment déterminer si une autorisation LFAIE est nécessaire pour acheter un bien ?

Pour déterminer si une autorisation LFAIE est nécessaire, il faut examiner successivement la qualité juridique de l’acquéreur, l’affectation du bien et la nature du droit acquis. Une exception légale peut dispenser d’autorisation. Si plusieurs éléments demeurent incertains, l’autorité cantonale compétente doit établir l’assujettissement avant que l’opération soit exécutée.

Le diagnostic commence par trois questions structurantes :

  1. Qui achète ? Un citoyen suisse, un étranger domicilié en Suisse, un frontalier, une personne domiciliée à l’étranger ou une société ?
  2. Quel bien est acquis ? Une résidence principale, un logement de vacances, un immeuble locatif, un établissement commercial ou un terrain ?
  3. Quel droit est obtenu ? Une propriété directe, une participation dans une société immobilière ou un autre droit pouvant être assimilé à une acquisition immobilière ?

L’acquisition d’une résidence principale par une personne étrangère effectivement domiciliée en Suisse peut être exemptée d’autorisation lorsque les conditions légales sont remplies. En revanche, acheter un logement pour le louer constitue une opération différente de l’achat d’une habitation destinée à son occupation personnelle.

Pour les personnes à l’étranger, le simple placement de capitaux dans des logements ne bénéficie généralement pas d’un motif d’autorisation. Il serait donc trompeur de présenter l’investissement locatif résidentiel comme accessible à tout non-résident moyennant une démarche administrative.

Les immeubles servant effectivement d’établissement stable, tels que certains bureaux, commerces, hôtels ou locaux de production, bénéficient en principe d’une exception. Cette liberté n’est cependant pas illimitée : les surfaces sans rapport avec l’activité économique, les logements intégrés et les terrains conservés comme réserve spéculative nécessitent une analyse particulière.

La structure juridique ne neutralise pas la loi. Une société établie en Suisse peut elle-même être considérée comme une personne à l’étranger lorsqu’elle est dominée par des investisseurs étrangers. Les participations, les droits de vote, le financement et les conventions de contrôle peuvent entrer dans cette appréciation.

Exemple hypothétique : appartement locatif ou local commercial

Une personne domiciliée hors de Suisse envisage soit d’acquérir un appartement destiné à la location permanente, soit un local effectivement utilisé pour une activité commerciale.

Le logement locatif relève en principe d’un régime restrictif pour une personne à l’étranger. Le local servant d’établissement stable peut, sous conditions, être acquis sans autorisation. La classification exacte et l’affectation de chaque surface doivent être vérifiées avant de conclure.

L’existence d’une exception ne signifie pas que le registre foncier acceptera automatiquement l’opération. Une décision cantonale constatant l’absence d’assujettissement peut être nécessaire lorsque les circonstances ne permettent pas de conclure clairement.

Lorsque l’acquisition directe n’est pas admissible, il convient d’examiner d’autres formes d’exposition au marché immobilier sans présumer qu’un montage sociétaire permettra de contourner les restrictions.

Acquisition directe ou véhicule de placement immobilier : quel choix pour un investisseur étranger ?

Le choix entre acquisition directe et placement immobilier indirect dépend d’abord de la possibilité légale d’investir. L’achat en nom propre offre davantage de contrôle sur le bien, mais impose des vérifications réglementaires et une gestion immobilière. Les placements indirects permettent une exposition financière au secteur, sans donner nécessairement le droit de posséder ou d’occuper un immeuble déterminé.

L’acquisition directe convient à un investisseur qui souhaite utiliser personnellement un bien ou en maîtriser la gestion, sous réserve d’y être autorisé. Elle implique notamment l’entretien, les charges, les assurances et les obligations fiscales applicables. La revente dépend ensuite des conditions du marché et de la situation juridique du bien.

Une société immobilière peut faciliter certains aspects de la détention ou de la gestion, mais sa domiciliation suisse ne suffit pas à écarter la Lex Koller. Lorsqu’elle est soumise à une domination étrangère, les règles applicables à ses acquisitions doivent être analysées. L’achat de participations dans une société détenant des immeubles peut également relever de la législation.

Les fonds immobiliers et les actions de sociétés immobilières cotées constituent d’autres solutions. Leur traitement juridique dépend du type de véhicule et de l’opération considérée. Il serait donc inexact d’affirmer que toute participation, cotée ou non, échappe automatiquement à la LFAIE.

Comparaison des principales formes d’investissement immobilier
Critère Achat direct Société immobilière Placement collectif ou coté
Accessibilité réglementaire Dépend du statut de l’acheteur et du bien Dépend du contrôle, de la structure et des actifs Dépend des caractéristiques juridiques du véhicule et des titres
Contrôle sur le bien Direct Exercé selon les droits sociaux Généralement limité
Liquidité Tributaire de la revente du bien Tributaire du marché des participations Variable ; la cotation peut faciliter la négociation
Gestion À organiser par le propriétaire Organisée au sein de la structure Généralement déléguée
Usage personnel d’un logement Possible si légalement admissible Non automatique En principe aucun droit d’occupation individualisé

L’horizon de détention joue également un rôle. Un achat direct implique des coûts de transaction, éventuellement des droits de mutation, des frais d’authentification et des émoluments. Sur une courte durée, ces coûts peuvent peser sur le résultat financier. Les titres et fonds comportent pour leur part des frais propres, des fluctuations de marché et éventuellement un risque de liquidité.

La fiscalité doit être examinée séparément. Elle peut porter sur la propriété, les revenus locatifs, la fortune, les gains immobiliers ou les distributions financières. L’imposition de la valeur locative et son éventuelle évolution nécessitent une vérification selon la période fiscale, le canton et les dispositions applicables.

Si l’objectif est d’utiliser personnellement un logement de vacances, les placements indirects ne remplacent pas une acquisition immobilière. Les restrictions propres aux résidences secondaires deviennent alors décisives.

Quels risques présente l’achat d’une résidence secondaire en zone réglementée ?

L’achat d’une résidence secondaire en Suisse peut être soumis à deux régimes distincts : la Lex Koller, qui encadre les acquisitions par des personnes à l’étranger, et la loi fédérale sur les résidences secondaires (LRS), qui réglemente notamment la création de nouveaux logements secondaires. Un bien existant peut rester négociable tout en étant soumis à des restrictions d’acquisition ou d’utilisation.

La LRS est particulièrement importante dans les communes touristiques. Selon la réglementation des résidences secondaires de l’Office fédéral du développement territorial, la construction de nouvelles résidences secondaires est en principe interdite lorsque leur proportion dépasse 20 % des logements de la commune, sous réserve d’exceptions légales.

20 %

Seuil communal de résidences secondaires au-delà duquel s’appliquent, en principe, des restrictions à la création de nouveaux logements secondaires. Ce seuil ne constitue pas une interdiction générale d’acheter tous les logements existants.

Office fédéral du développement territorial, loi fédérale sur les résidences secondaires.

Cette distinction est fondamentale. La LRS n’impose pas un quota uniforme d’achat par canton. Elle s’appuie notamment sur les inventaires communaux et sur le statut juridique des logements. La possibilité de transformer, reconstruire ou réaffecter un bâtiment dépend de ses caractéristiques et des dispositions applicables.

Pour un acquéreur domicilié à l’étranger, il faut également déterminer si le canton autorise l’acquisition du logement de vacances au regard de la LFAIE. L’existence d’une offre immobilière commercialisée ne démontre pas qu’elle soit accessible à tous les profils d’acheteurs.

Les conditions d’utilisation méritent un examen spécifique. Certains logements autorisés sont assortis de charges liées à leur affectation touristique, à leur occupation ou à leur mode de location. Les logements de vacances acquis dans le cadre de la LFAIE ne peuvent notamment pas être assimilés librement à des biens destinés à la location permanente.

Les contraintes réglementaires peuvent également influencer la valeur de marché. Elles peuvent limiter l’offre, mais aussi réduire le nombre d’acheteurs admissibles lors d’une revente. Aucune hausse automatique des prix ni décote systématique ne peut être déduite de la seule existence de restrictions.

Enfin, acquérir au nom d’un proche résident pour dissimuler le bénéficiaire réel constitue un risque juridique majeur. Les opérations fiduciaires destinées à contourner la loi peuvent être soumises à la LFAIE et entraîner des sanctions ou une remise en conformité.

La vérification doit porter sur la commune, l’immeuble, les droits acquis et l’usage effectivement envisagé, puis être confrontée à la position des autorités compétentes.

Quand et comment consulter les autorités cantonales avant de réserver un bien ?

Les autorités cantonales doivent être consultées dès qu’un doute sérieux existe sur l’assujettissement à la LFAIE ou sur la possibilité d’obtenir une autorisation. Cette consultation doit intervenir avant tout engagement financier difficilement récupérable. L’autorité compétente est celle du canton dans lequel se situe l’immeuble, et non nécessairement celle du domicile de l’acquéreur.

Chaque canton applique la législation fédérale dans le cadre de ses compétences. Les services chargés des autorisations, les modalités de dépôt et les justificatifs demandés peuvent varier. Il faut donc identifier l’autorité de première instance compétente pour l’immeuble concerné.

Un premier contact permet de préciser les informations nécessaires : identité et statut de l’acheteur, adresse ou numéro de parcelle, affectation actuelle, usage projeté, caractéristiques du bien et éventuelle structure sociétaire.

Il convient toutefois de distinguer un simple renseignement administratif d’une décision formelle d’assujettissement ou d’autorisation. Un échange informel ne fournit pas nécessairement la même sécurité juridique qu’une décision susceptible de produire des effets.

La démarche peut être organisée selon une succession prudente : qualifier l’acquéreur, documenter le bien, consulter l’autorité, établir les conditions contractuelles, obtenir les décisions nécessaires, puis réaliser l’acquisition.

Checklist : sécuriser une demande préalable d’acquisition

  1. Rassembler les justificatifs de nationalité, de domicile et de séjour ; produire un dossier d’identification de l’acquéreur.
  2. Décrire précisément l’usage envisagé ; rédiger une note distinguant occupation personnelle, location et activité commerciale.
  3. Identifier le bien à partir de son adresse et de son numéro de parcelle ; constituer une fiche immobilière vérifiable.
  4. Contacter l’autorité cantonale compétente ; conserver sa réponse écrite et vérifier si une décision formelle doit être demandée.
  5. Faire examiner par le notaire les conditions préalables à la vente ; obtenir un projet contractuel précisant autorisations, échéances et restitution éventuelle des versements.

Les délais dépendent du canton, de la qualité du dossier et de la complexité de l’opération. Aucun délai uniforme de traitement ne peut être garanti. Une opération nécessitant une autorisation doit tenir compte du moment où celle-ci devient juridiquement exécutoire.

La LFAIE ne couvre pas l’ensemble des validations nécessaires. Les restrictions d’aménagement du territoire, la LRS, le droit foncier rural ou les autorisations de construire peuvent justifier des vérifications séparées.

Une fois la question de l’admissibilité clarifiée, le contrôle des droits inscrits sur l’immeuble devient une étape essentielle de la préparation de l’achat.

Comment lire un extrait du registre foncier avant de signer un acte d’achat ?

L’extrait du registre foncier permet de vérifier l’identité du propriétaire, la désignation juridique du bien et plusieurs droits ou charges susceptibles d’affecter l’acquisition. Il faut examiner les servitudes, les droits de gage, les annotations et les éventuelles restrictions, puis confronter ces renseignements aux plans officiels et au projet d’acte. L’extrait ne remplace pas toutes les vérifications administratives.

En Suisse, le registre foncier est organisé par immeuble. Chaque unité immatriculée possède sa propre identification. Les caractéristiques du registre foncier présentées par l’Office fédéral de la justice précisent notamment les catégories de droits inscrits et les règles de consultation.

Une lecture méthodique doit porter sur plusieurs rubriques :

  • Propriété : identifier le titulaire inscrit, le type de propriété et la concordance avec le vendeur.
  • Servitudes : rechercher les droits de passage, d’utilisation, de conduite ou les limitations bénéficiant à un autre fonds.
  • Charges foncières : identifier les obligations attachées à l’immeuble.
  • Droits de gage immobilier : vérifier les garanties inscrites et les mesures prévues pour leur maintien, transfert ou radiation. Le montant inscrit ne correspond pas nécessairement à la dette encore due.
  • Annotations et mentions : examiner les droits de préemption, d’emption ou autres situations juridiquement pertinentes lorsqu’ils figurent au registre.

Les informations disponibles publiquement ne couvrent pas nécessairement toutes les données du dossier. Certaines consultations supplémentaires exigent de justifier d’un intérêt légitime. Un extrait récent et les pièces justificatives pertinentes doivent donc être demandés auprès de l’office compétent, avec l’assistance du notaire si nécessaire.

La comparaison documentaire est particulièrement importante pour les propriétés par étages (PPE). Il faut rapprocher la description de l’unité, les quotes-parts, les plans, les droits annexes et les documents de copropriété. Une place de stationnement ou une cave peut relever de droits distincts qu’il serait dangereux de supposer inclus dans la vente.

Le statut de la parcelle doit aussi être contrôlé au regard des restrictions de droit public. Une zone agricole, une limitation de construire ou une contrainte d’affectation ne peut pas toujours être identifiée à partir du seul extrait foncier. Des documents cadastraux, urbanistiques ou des renseignements communaux complémentaires peuvent être nécessaires.

Les annotations provisoires et les procédures d’inscription en cours exigent une attention particulière. Leur effet juridique dépend de leur nature. Plutôt que de les assimiler à des droits définitifs, il faut obtenir une explication sur leur portée et leur éventuelle évolution.

Pour un acquéreur relevant de la LFAIE, les restrictions d’usage ou les charges issues d’autorisations antérieures doivent également être recherchées lorsqu’elles sont pertinentes. L’absence de mention immédiatement visible ne dispense pas d’obtenir les décisions administratives utiles.

Ce travail documentaire permet au notaire et aux parties de préparer un contrat reflétant les droits réellement transférés, sans confondre simple intention d’achat et engagement juridiquement valable.

Promesse informelle ou acte authentique : quel degré d’engagement lors d’une vente en Suisse ?

En Suisse, le contrat de vente immobilière doit respecter la forme authentique pour être valable. Une simple réservation, une lettre d’intention ou un accord privé ne produit donc pas nécessairement les effets d’une vente. La promesse de contracter portant sur une vente immobilière est elle-même soumise aux exigences de forme applicables. Les clauses de financement et d’autorisation doivent être examinées avant signature.

La distinction essentielle porte sur la nature de l’engagement. Une lettre d’intention peut simplement décrire les négociations, tandis qu’un document intitulé « réservation » peut prévoir des obligations particulières. Son titre ne permet pas, à lui seul, de déterminer quelles clauses sont valables et opposables.

Il convient de distinguer trois situations :

  • La manifestation d’intérêt non contraignante, qui exprime la volonté de poursuivre les discussions sans constituer une vente.
  • La promesse de contracter ou l’engagement immobilier soumis à la forme authentique, dont la validité dépend du respect des exigences légales.
  • Le contrat authentique assorti de conditions, par exemple relatives au financement ou aux décisions administratives nécessaires.

Pour un acquéreur étranger, une condition suspensive relative à l’autorisation LFAIE peut être déterminante. Elle doit préciser l’événement attendu, les modalités de constatation, les délais convenus et les conséquences d’un refus.

Une condition résolutoire ne produit pas nécessairement les mêmes effets qu’une condition suspensive : elle peut conduire à mettre fin à une relation contractuelle déjà engagée, alors que la condition suspensive reporte les effets prévus jusqu’à sa réalisation. Le choix doit être adapté à la structure juridique de l’opération.

Les acomptes et dépôts de réservation constituent un autre point de vigilance. Une somme versée avant la conclusion d’un acte valable n’est pas automatiquement perdue en cas d’abandon du projet. Sa restitution dépend notamment de la validité des engagements, de la qualification du versement et des circonstances contractuelles.

Exemple hypothétique : achat soumis à autorisation

Un acquéreur domicilié à l’étranger souhaite acheter un logement de vacances dans un canton où certaines acquisitions peuvent être autorisées. Le vendeur propose une réservation accompagnée d’un versement immédiat.

Avant de verser les fonds, l’acheteur fait examiner le document par un notaire. Le projet d’acte doit notamment prévoir ce qui se produit si l’autorisation n’est pas délivrée et dans quelles conditions les sommes versées doivent être restituées.

Le financement mérite une précaution comparable. Un accord bancaire de principe ne garantit pas nécessairement le déblocage définitif des fonds. Les conditions prévues doivent tenir compte des décisions de crédit et du calendrier notarial.

La sécurité d’une vente repose finalement sur l’articulation entre les autorisations requises, l’acte authentique et la procédure d’inscription au registre foncier.

À retenir avant de finaliser l’acquisition

  • Une admissibilité de principe ne dispense pas de vérifier les restrictions propres à la parcelle et à son affectation.
  • Le contrat authentique doit tenir compte des autorisations, des modalités de financement et des risques de refus.
  • La signature de l’acte et l’inscription au registre foncier correspondent à des étapes juridiques distinctes.

Quelles démarches officielles encadrent un achat immobilier en Suisse ?

Un achat immobilier en Suisse suit plusieurs étapes : vérification de l’admissibilité de l’acquéreur, contrôle du bien, préparation contractuelle, obtention des autorisations éventuellement nécessaires, authentification de la vente et inscription au registre foncier. Le notaire, l’autorité cantonale, la banque et l’office du registre foncier interviennent selon leurs compétences respectives.

La chronologie doit être adaptée au canton et à la situation juridique de l’acheteur. Les contrôles réglementaires doivent intervenir suffisamment tôt pour ne pas compromettre les engagements pris avec le vendeur.

  1. Qualifier le projet. Déterminer le statut de l’acquéreur, l’affectation du bien et les restrictions LFAIE ou LRS éventuellement applicables.
  2. Vérifier l’immeuble. Examiner le registre foncier, les plans, les servitudes, les charges, les autorisations existantes et les documents de PPE, le cas échéant.
  3. Organiser le financement. Obtenir les engagements bancaires nécessaires et vérifier les modalités de mise à disposition des fonds.
  4. Préparer les engagements contractuels. Faire établir ou contrôler les documents requis, avec les conditions appropriées et dans la forme légalement applicable.
  5. Obtenir les décisions administratives. Lorsque la LFAIE impose une autorisation, attendre la décision requise et tenir compte de son entrée en force avant de réaliser l’acquisition.
  6. Signer l’acte authentique. Le notaire ou l’officier public compétent procède à l’authentification selon l’organisation cantonale.
  7. Procéder à l’inscription foncière. Présenter les pièces nécessaires au registre foncier et obtenir la confirmation de la situation juridique enregistrée.

Le rôle exact du notaire varie selon les cantons. Il peut notamment préparer l’acte, contrôler les pièces justificatives, organiser certaines formalités liées au paiement et transmettre les documents nécessaires à l’inscription. Les modalités de garde ou de libération des fonds doivent être convenues explicitement.

Le transfert de propriété ne se confond pas avec la signature. En règle générale, l’acquisition de la propriété immobilière suppose l’inscription au registre foncier, sous réserve des exceptions prévues par le droit suisse. Les délais administratifs peuvent donc influer sur la remise des clés, le début de certains travaux ou la prise d’effet de conventions particulières.

Les frais d’acquisition doivent être vérifiés localement. Ils peuvent comprendre les droits de mutation ou prélèvements équivalents, les émoluments du registre foncier, les frais d’authentification et, selon le financement, des coûts liés aux sûretés immobilières. Il n’existe pas de barème national unique applicable à tous les cantons.

Après l’acquisition, le traitement fiscal doit être clarifié auprès des services compétents. L’imposition de la propriété, des revenus, de la fortune et d’éventuels gains immobiliers dépend de la réglementation applicable. Les obligations déclaratives et les règles relatives à la valeur locative doivent être examinées selon le canton et la période concernée.

Pour avancer concrètement, l’acquéreur peut réunir ses justificatifs de résidence, identifier la parcelle envisagée et faire examiner l’ensemble par le notaire ainsi que par l’autorité cantonale compétente lorsque la LFAIE soulève une incertitude. Cette vérification préalable est particulièrement importante pour les non-résidents, les frontaliers et les investisseurs utilisant une structure de détention.

Rédigé par Élodie Morel, Analyste documentaire concentrée sur les règles immobilières suisses, les baux, les contrats et le fonctionnement des PPE. Elle confronte les textes officiels aux documents et procédures rencontrés par les propriétaires, locataires et acquéreurs. Ses explications facilitent la compréhension des droits, des obligations et des situations susceptibles de créer un litige.